[Fiche de lecture] Comment se réaliser dans son travail de Roman Krznaric

Nous sommes de plus en plus à refuser de nous contenter d’un travail dont le seul objectif serait de nous assurer un certain confort matériel.

Aujourd’hui, nous voulons y trouver du sens, que notre travail soit en accord avec qui nous sommes, qu’il nous fasse vibrer, qu’il donne un but à notre vie et soit synonyme d’aventure et d’excitation.

“Désormais, nous attendons bien plus de l’aventure qu’est la vie.” — Roman Krznaric

A chacun sa définition d’une vie professionnelle épanouissante

Bien sûr, nous dit Roman Krznaric dans son livre “Comment se réaliser dans son travail”, les attentes ne sont pas les mêmes pour tous. Il y a ceux qui estiment qu’on peut se réaliser dans son travail. Et il y a ceux qui considèrent que le travail est par essence pénible. Plutôt que de s’acharner à y trouver une source d’épanouissement, il vaut mieux le voir comme un outil qui peut nous fournir les moyens de mener une vie épanouissante…en dehors du travail.

Nos attentes peuvent d’ailleurs évoluer au cours de notre vie. En fonction de notre situation, on mettra peut être la priorité sur la sécurité de l’emploi, sur le fait d’avoir du temps pour notre vie de famille, ou pour nous…

Bref, à chacun sa propre définition d’une vie professionnelle épanouissante.

Les éléments centraux d’une vie professionnelle épanouissante

Selon Roman Krznaric, un travail épanouissant combine trois ingrédients essentiels: le sens, le flux et la liberté.

Le flux, inventé par le psychologue Mihaly Csikswentmihakyi, c’est cet état dans lequel on se trouve quand on est complètement absorbé par une activité. Tous les métiers peuvent être générateurs de flux, lorsque les bonnes conditions sont réunies. Mais encore faut-il aussi que nous trouvions nos tâches gratifiantes. Le flux doit donc s’accompagner de sens. Et d’un troisième élément: la liberté, l’autonomie qu’on a dans notre travail.

En plus de ces trois éléments, Roman Krznaric identifie cinq facteurs qui contribuent à mettre du sens dans le travail: l’argent, le statut social, la contribution, la passion pour son travail, l’utilisation de nos talents. Tous n’ont pas le même impact sur notre satisfaction au travail.

Les deux premiers, l’argent et le statut social, sont des facteurs extrinsèques.

Bien que l’argent tienne une place de choix dans nos décisions professionnelles, il a en réalité moins d’impact qu’on ne le croit sur notre satisfaction au travail. Une fois nos besoins de base couverts, plus d’argent ne conduit pas à plus de satisfaction. D’autant que le problème avec l’argent, c’est qu’il entraine un cercle vicieux: plus on en a, plus on en veut. On n’est donc jamais satisfait.

Même mécanisme pour le statut social, qui nous pousse à vouloir grimper toujours plus haut. Le statut social se présente sous deux formes: celui qui découle d’une fonction prestigieuse, et celui qui est basé sur notre position relative aux autres, dans l’organisation et la hiérarchie. S’il joue un rôle important sur l’estime de soi, il peut aussi nous conduire à faire fausse route si on choisit une carrière uniquement pour son prestige.

Ensuite viennent les trois facteurs intrinsèques.

Le premier est lié au respect et à la reconnaissance qu’on inspire à nos pairs, de par la contribution que l’on apporte. C’est cette satisfaction que l’on retire du sentiment de “faire la différence”, d’être utile à la société, en accord avec ses valeurs.

Le deuxième facteur est lié à la place de nos passions dans notre travail. Même si mélanger passion et travail comporte un certain risque (celui de “corrompre” sa passion, en quelque sorte), la passion est aussi un puissant moteur. Roman distingue deux stratégies à ce sujet: celle du généraliste, à l’image de Da Vinci, dont la carrière reflète plusieurs passions explorées en parallèle. Et celle du spécialiste, qui explore ses passions les unes après les autres. Il préconise la stratégie du généraliste, qui permet d’explorer plusieurs facettes de notre personnalité en même temps.

Enfin, le troisième facteur intrinsèque est lié à l’utilisation de nos talents dans notre travail.

C’est donc à chacun de trouver comment doser ces facteurs pour obtenir la combinaison qui sera la plus favorable à une carrière épanouissante.

Une chose est sûre: trouver un travail épanouissant n’est pas une mince affaire !

Le problème de l’indécision profesionnelle

Notre insatisfaction croissante au travail (Roman Krznaric parle même d’épidémie !) s’accompagne d’un vrai challenge, qui est de savoir comment s’y prendre pour choisir la bonne voie.

Le gros problème quand on veut se construire une vie professionnelle satisfaisante, c’est qu’on n’ose pas passer à l’action. Le manque de confiance en soi, l’impossibilité matérielle, le manque d’opportunités peuvent nous conduire à rester bloquer dans une situation. Mais c’est surtout notre incapacité à prendre des décisions qui nous paralyse.

“Nous devons comprendre les origines de notre indécision avant de chercher la sortie du labyrinthe”

Cette indécision professionnelle provient entre autres de la surabondance de choix. Auparavant, les métiers qu’exerçaient les hommes étaient déterminés par leur origine sociale -autrement dit, ils héritaient du métier de leur père. Pas trop de questions à se poser. Aujourd’hui, tout est virtuellement possible, et ça a un côté extrêmement angoissant.

Apprendre à faire des choix

Le processus classique quand on cherche sa voie c’est d’abord de passer par une phase d’introspection pour identifier son potentiel et ses envies, ensuite de réfléchir à une liste de métiers qui pourraient nous correspondre, et enfin d’élaborer un plan d’action. Sauf qu’on passe tellement de temps dans la réflexion et l’hésitation qu’on n’arrive plus à en sortir, freinés par nos peurs de ne pas faire le bon choix, de ne pas y arriver, d’être trop vieux, pas assez compétent, de se retrouver sans emploi…

Plutôt que prendre un risque, on préfère rester dans ce qu’on connait. Le problème c’est que de plus en plus, nos carrières seront faites de multiples revirements et nous aurons à prendre tout un tas de décisions pour tracer notre route. Etre capable de faire des bons choix est donc essentiel.

“Beaucoup de gens ont peur de faire le dernier saut vers l’inconnu une fois qu’ils ont identifié un projet possible. C’est tout a fait normal. Mais il vient un moment ou il faut arreter de réfléchir et se lancer, nous n’avons d’autres choix que de prendre des risques.”

“Agir d’abord, réfléchir ensuite”

Pour Roman Krznaric, la solution est d’adopte une stratégie d’expérimentation: “agir d’abord, réfléchir ensuite” plutôt que “préparer, puis appliquer”.

Autrement dit, tester ses idées dans la réalité, à moindre coût et sans prendre trop de risques, avant de faire un grand saut.

Plusieurs avantages à cette stratégie:

  • Ca peut nous aider à surmonter nos peurs
  • Ca nous permet de vérifier si le métier nous correspond vraiment, au delà de l’idée qu’on s’en est faite. Parfois, “la checklist correspond, mais l’étincelle ne vient pas.”
  • On se laisse la possibilité de découvrir des métiers auxquels on n’aurait pas pensé
  • C’est par l’expérimentation qu’on apprend le mieux sur soi — souvent plus que par l’introspection

“Même des petits pas peuvent donner le sentiment encourageant de changer et constituter des catalyseurs pour reforger votre avenir. “

Pour tester une idée, Roman Krznaric propose trois “plans expérimentaux”:

  • Le congé sabbatique radical: la forme la plus exigeante, elle consiste à octroyer une période dédiée à l’expérimentation.
  • Le projet en marge : une expérience de courte durée en marge de son travail. Par exemple, en accompagnant quelqu’un dans son travail, à travers le bénévolat, en suivant une formation etc.
  • La recherche conversationnelle: potentiellement tout aussi efficace, il s’agit simplement de discuter avec des pros pour comprendre la réalité d’un métier, ouvrir ses horizons et, parfois, explorer des métiers difficiles à tester par le projet en marge.

Chaque technique demande plus ou moins d’engagement personnel et sera plus ou moins adaptée selon la situation de chacun.

Bien sûr, une fois la phase d’expérimentation passée, encore faut-il être capable de décider de la meilleure option.

Voici quelques critères de sélection et questions à se poser pour faire le tri:

  • En quoi les métiers explorés diffèrent-ils de ce à quoi vous vous attendiez
  • De quel genre de travail vous êtes-vous ensuite surpris à parler avec le plus d’enthousiasme?
  • Lequel est porteur du sens que vous recherchez dans un travail?
  • Lequel vous a procuré le meilleur flux?

ll n’existe pas un métier parfait

Notre personnalité comporte de multiples facettes. C’est pour cette raison qu’il n’existe pas une voie idéale pour chacun d’entre nous mais une multitudes de possibilités qui peuvent convenir aux différents aspects de notre personnalité. En expérimentant dans l’action, il ne s’agit donc pas tant de tester un métier que de tester une “personnalité possible”.

D’ailleurs, Roman Krznaric rejette l’idée qu’une vocation est censée se révéler à nous comme une illumination. Une vocation, définie comme une carrière qui donnerait l’impression de suivre sa mission, de remplir son but dans la vie, ne se trouve pas. Elle se cultive. Il n’existe pas de métier qui nous serait destiné, donc plutôt que d’attendre qu’elle nous “tombe” dessus, c’est à nous de prendre le contrôle et de chercher à la faire naitre avec le temps…et l’expérience.

“Si l’on veut une profession qui soit aussi une vocation, il ne faut pas attendre passivement qu’elle apparaisse: il faut prendre les choses en main et entreprendre de la cultiver. Avec le temps, un but tangible pourrait germer.”

Quelques exercices pratiques

Roman propose une série d’exercices intéressants pour réfléchir soi-même à des idées de métiers à tester.

1) La cartographie des choix

Objectif: cartographier son chemin professionnel pour bien comprendre d’où on vient et où on va.

L’idée est de représenter l’ensemble des jobs qu’on a eu, mais aussi ce qui a motivé nos choix (argent, passions, attentes de notre famille, rencontres…).

La carte peut prendre la forme d’un labyinthe, d’un arbre, d’une route sinueuse…

Une fois dessinée, examinez cette carte pour analyser votre attitude vis à vis de votre vie professionnelle, et les forces principales qui ont guidées vos choix. Quels changements aimeriez-vous y apporter?

2) Vies imaginaires

Objectif: générer des pistes potentielles spécifiques

Imaginons qu’il existe 5 univers parallèles. Dans chaque univers, vous avez un an pour tester n’importe quel métier.

Listez les cinq métiers que vous aimeriez tester. Pensez aux différentes facettes de votre personnalité pour brainstormer des idées.

Ensuite, réfléchissez à ce qui vous attire dans ces options.

3) La petite annonce

Sur une demi-page environ, rédigez une annonce pour vous présenter: vos talents, vos passions, vos valeurs, votre personnalité, ce qui est important pour vous dans la vie…

Abstenez-vous de parler de votre parcours scolaire et professionnel ou de vos attentes professionnelles précises.

Ensuite, envoyez cette petite annonce à 10 personnes de confiance, de préférence rencontrées dans différentes sphères de votre vie. Demandez-leur de vous conseiller deux ou trois métiers précis qui pourraient convenir à votre profil

4) Quelques questions à se poser

Quel effet votre emploi a-t-il sur vous, en tant que personne — sur votre esprit, votre caractère et vos relations?

Quelles sont les trois raisons principales qui vous empêchent de choisir une voie maintenant? Quelles sont vos trois plus grandes craintes à l”idée de changer de profession? Quels sont les trois plus grands défis concrets que vous devez affronter?

Si vous pouviez créer un métier sur mesure, à quoi ressemblerait-il? Quels projets en marge vous aideraient à en faire une réalité?

Quel genre de liberté désirez-vous le plus dans votre vie pro?

Inventez vous trois personnalités possibles et imaginez trois façons d’agir d’abord, réfléchir ensuite pour tester chacune de ces personnalités. Puis lancez vous en appelant un organisme et en demandant s’ils prennent des bénévoles, ou commandez une brochure pour une formation, demandez à quelqu’un s’il aurait le temps pour un café…

Mon avis sur “Comment se réaliser dans son travail”

Comment se réaliser dans son travail fait partie d’une série d’ouvrages édités par la School of Life, et le contenu est à la hauteur de la réputation de la School. C’est un bon condensé de conseils utiles pour trouver sa voie, qui résume bien les problématiques liés à ces questionnements.

Tout comme l’auteur, on est de la 2e école: ceux qui pensent que notre travail peut être une source d’épanouissement. Pour autant, je pense qu’on gagnerait à relâcher un peu la pression sur cette nécessité de trouver LE bon job, LA bonne voie.

Ce qui m’a plu dans son ouvrage, c’est justement sa vision pragmatique. L’auteur explique bien que chacun a ses propres attentes vis-à-vis de sa vie professionnelle. Il n’y a pas de définition universelle de ce à quoi un travail épanouissant devrait ressembler. D’ailleurs, notre propre définition peut elle-même évoluer au fil du temps, en fonction de nos besoins et de nos priorités. Un discours à la fois rassurant, déculpabilisant, motivant et réaliste.

A chacun de décider ce qu’il veut dans sa vie, et d’ajuster ensuite les curseurs et les dosages des différents ingrédients en fonction de sa vision.

Ce que je retire surtout de cette lecture reste cette idée de trouver sa voie dans l’action et l’expérimentation. C’est un conseil qu’on essaie aussi de transmettre dans notre parcours de réflexion. La difficulté de prendre des décisions est un challenge bien réel pour ceux qui cherchent leur voie. Beaucoup espèrent pouvoir “être sûrs” avant de se lancer, ou sont paralysés par la peur de mal choisir, de passer à côté d’autre chose.

Tester une idée est donc un conseil en or.

Ceci dit, je ne pense pas qu’il soit si simple à mettre en oeuvre. Même un projet en marge demande un certain investissement, au moins en temps, et beaucoup ne peuvent pas se permettre le luxe de tester une multitude d’idées avant de se lancer.

Une phase plus ou moins poussée d’introspection est donc à mon avis utile. Se poser les bonnes questions sur soi peut aider à poser un cadre, à orienter les projets à mettre en oeuvre et, justement, à identifier les différents aspects de notre personnalité. D’ailleurs, se poser les bonnes questions et expérimenter vont main dans la main, plutôt que d’être deux phases distinctes du processus.


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