[Reconversion] Magali, de l’enseignement aux contes illustrés : trouver son propre tempo.

Magali est une conteuse lumineuse, notre entretien était chargé de bonnes ondes. A 36 ans, elle a connu un parcours à rebondissements qui l’a menée vers l’illustration et l’écriture. C’est avec un regard tendre sur ce cheminement qu’elle le partage avec nous.

Exprimer sa couleur personnelle

Je me définis par ce que je crée, ce que je suis, c’est à dire artiste, auteur-illustratrice jeunesse et conteuse. Je suis sur le point de créer ma structure professionnelle de médiation artistique et auto-édition.
J’ai mis du temps à définir ce que je propose et ce que je suis, justement parce que je manquais de repères extérieurs.

Aujourd’hui, mon métier me permet de vivre au quotidien ce qui me fait vibrer, d’exprimer et de partager dans le monde ma propre couleur personnelle. Et ça…wahou, c’est juste bon.
Je sens que qui je suis à une place dans le monde et que je peux l’exprimer. Et puis je peux respecter mon rythme de vie, parce que j’ai vraiment besoin de douceur, je me suis beaucoup violentée dans ma vie pro.

Prendre le temps de trouver son fil rouge

Je fais des études très classiques : bac L, puis une licence en histoire et j’enchaine sur le concours de professeur des écoles parce que papa-maman poussent, que je ne sais pas quoi choisir…et je l’ai ! Professeur des écoles à 23 ans, j’ai fait tout bien.

Et puis, comme j’avais en moi un goût d’inachevé, parce que plus jeune je voulais écrire des romans de pré-histoire, j’ai repris des études à la fac en parallèle, et mon enthousiasme m’a menée à décrocher un doctorat de préhistoire. Sauf qu’être docteur en pré-histoire, c’est peut être un super titre, mais il y a très peu de débouchés.

Entre temps, j’avais démissionné de l’éducation nationale parce que je n’en pouvais plus et j’ai ensuite fait un burnout au niveau de la préhistoire, parce que même si c’est très intéressant, c’est aussi très lourd pour faire de la recherche en France au niveau administratif. Tout ça a coïncidé avec d’autres bouleversements : déménagement, rupture amoureuse. Bref, tout se refondait.

J’en ai profité pour prendre quelques mois pour réfléchir. J’ai réalisé que ce qui reliait le métier de prof et mes études autour des grottes ornées préhistoriques c’était l’illustration, le monde de l’image, le monde de l’enfance, l’histoire…
Petit à petit sont nés mes livres auto-édités, mes contes et mon auto-entreprise.

J’ai appris en autodidacte, mais je n’avais pas encore la connaissance marketing et le réseau humain pour promouvoir mon travail, je manquais d’assurance.
Devenir indépendant peut être très déstabilisant si, comme pour moi, c’est fait trop tôt. Ça s’accompagne, c’est une nouvelle manière de rentrer dans le monde professionnel.
Donc retour chez papa-maman puisque je ne pouvais plus non plus payer le loyer.

Au bout d’un an, j’ai tout arrêté, et je suis partie faire plein de choses, dont du woofing, pour donner de la matière à mon projet: la nature, le jardinage, la permaculture… Ça m’a permis de comprendre comment on vit un processus de création de façon beaucoup plus naturelle. J’avais besoin de toucher la matière, de retourner à quelque chose de vivant, à plus d’équilibre.
Forte de tout ça, j’ai pu prendre le temps de créer enfin quelque chose de cohérent. Maintenant, la structure professionnelle vient vraiment comme le fruit de qui je suis, de mon travail d’artiste, et pas l’inverse.

Un cheminement nécessaire

Rétrospectivement, je vois avec beaucoup de tendresse que tout était parfaitement orchestré. Même au niveau de la confiance en moi. Pourtant il y a eu des moments où je me suis sentie très mal, mais aujourd’hui je sens que ce chemin était parfait pour moi.

J’aurais aimé trouver des personnes ressources plus tôt, pour me dire que ce dont j’ai envie, c’est possible, que d’autres en vivent, et m’aider à clarifier mes objectifs parce qu’au fond c’est ça qui m’a donné les déclics dans mon parcours. Ça m’aurait évité pas mal de douleurs affectives et d’angoisses.

Heureusement, il y a eu quelques petits coups de baguette magique qui m’ont mise sur la route.
D’abord, il y a eu la rencontre avec Lilou Macé, qui est à l’origine du Défi des 100 jours*. J’ai lu son premier livre en plein burnout : Je n’ai pas d’argent et ça me plait**. Elle a vécu un parcours similaire, et j’ai vu que ce à quoi j’aspirais était possible, donc ça m’a motivé à publier, à oser un peu plus ma créativité. La communauté créative du Défi des 100 jours m’a poussée, avec une émulation de personnes qui sortaient du moule et qui avait envie de créer quelque chose de plus à leur image.

J’ai aussi rencontré Sandrine Gestin, qui est une auteure-illustratrice que j’aime beaucoup et qui habite dans ma ville, qui a été une belle source d’inspiration.

Et il y a eu le conseil d’une collègue qui, lorsque j’ai eu l’angoisse de la page blanche pendant ma thèse, m’a dit : “écrit comme ça vient”. Quand je me suis retrouvée à avoir envie d’écrire mes premières histoires et mon premier livre, j’avais très peur, et je me suis souvenue de ce conseil. J’ai écrit, et c’est venu, ça a fait un bouquin en trois semaines que j’ai auto-publié dans la foulée. Ce premier livre, qui s’appelait J’ouvre mon coeur et je deviens l’artiste de ma vie***, m’a apporté beaucoup de joie, de mouvement intérieur, il m’a permis d’oser y croire, m’a ouvert la voie. Même si je me suis arrêtée après, ça m’a lancé.

Ces coups de pouce m’ont donné l’élan pour faire sortir le livre, pour me dire que je peux en vivre, laisser sortir ma créativité sans m’obliger à me former pour réussir à faire.

Structurer un projet en suivant ses envies

Après mon burnout, j’ai pris 6 mois pour me poser .

Pendant 6 mois, j’ai vécu seule chez moi. Je me suis beaucoup promenée dans la nature et j’ai suivi mes envies, en m’observant vivre. C’est comme ça j’ai vu ce qu’était le coeur de ma vie : l’écriture, du dessin, du conte, de la musique.

Ensuite, j’ai rencontré une coach, Mylene Charriere, puis suivi une mini-formation, un défi en ligne, avec elle, qui m’a permis de clarifier des objectifs prioritaires concrets pour les semaines et les mois à venir, de poser par écrit ma direction professionnelle. Au départ je refusais de clarifier, parce que rester dans le flou c’est confortable, ça permet de ne pas trop passer à l’acte. Mais j’avais de sortir de mon rêve d’illustratrice qui vend trois bouts de papiers sur un marché et de le structurer.

Le plus dur pour moi était de trouver mon fil rouge. J’avais vraiment envie que ce soit un tout, que ce ne soit pas juste une partie de moi. Récemment, grâce à Laure Brignone et son site Une Etincelle, qui accompagne les profils multipotentiels, j’ai pu mettre un mot sur ma tendance à vouloir faire plusieurs choses

Respecter son propre mode de fonctionnement

Il y a des métiers où on est vraiment malmenés. Ce que je voulais pour mon nouveau métier, c’était d’être capable de gérer mon quotidien mais sans finir en stress, sans devoir être dure avec moi même. Je voulais créer un mode de fonctionnement qui soit respectueux de mon propre tempo personnel. Ne pas se violenter mais en même temps avancer à sa façon. J’écris beaucoup, et je me sers beaucoup des cartographies pour fixer mes objectifs journaliers sur un journal créatif ce qui permet de, pouf, faire descendre un peu les idées et de me poser.

On peut vivre en fonction de son propre tempo, avec des périodes de création, des périodes de bilan, des périodes de deuil. Ça fait partie du processus écologique de la nature. Si j’avais un conseil pour ceux qui se cherchent, ce serait de sentir ce qu’ils aiment, avant de penser au côté pro et faire comme ça vient et de se mettre en contact avec sa créativité intérieure. D’écouter leur coeur, comme dans Pocahontas !

* Site web : Le Défi des 100 jours

** Je n’ai pas d’argent et ça me plait de Lilou Macé