[Reconversion] Josette, petit rat devenue coach somatique. La reconversion par l’épreuve

Le corps est la colonne vertébrale du parcours mouvementé de Josette. Outil principal mis à rude épreuve pendant sa carrière de danseuse à l’Opéra, c’est lui qui la force à y mettre brutalement fin. Josette a fait du corps l’élément central de son nouveau métier en créant le coaching somatique : une méthode qui met le corps au service du mental.

Se servir du corps pour aller plus loin, plus vite

Je suis coach depuis de nombreuses années puisque j’ai fait ma formation en 1999, quand le coaching arrivait tout juste des Etats Unis.
J’ai développé le coaching somatique, qui permet d’utiliser son corps comme un témoin pour le mettre au service du mental. Prendre son corps en compte est incontournable, avec le corps, on va plus loin, plus vite ! Heureusement, on s’en occupe de plus en plus, ce qui est une aubaine pour moi.

J’ai initié cette méthode lors d’un congrès de coachs, et ça s’est tellement bien passé que certains coachs m’ont demandé d’aller plus loin. J’ai donc mis au point un petit cours, puis un autre, et de fil en aiguille j’ai fini par écrire un livre sur le sujet*. Depuis, j’ai formé environ 700 personnes en France et à l’étranger.

La danse, une voie imposée

C’est ma maman qui a voulu que je fasse de la danse. Elle avait eu une enfance malheureuse et voulait que j’ai un destin extraordinaire. Elle avait tellement d’ambition pour moi que j’ai aussi fait du piano, du théâtre, du patinage artistique, des photos de mode, des films…

J’ai fait mes classes à l’opéra et j’ai rapidement souffert du joug, des dogmes et des difficultés que représentaient la danse dans son apprentissage.
Il fallait que je sois l’outil, l’instrument, d’un chorégraphe, d’une technique et toutes mes émotions, mes envies, mes plaisirs étaient complètement reniés. Lorsque mon corps devait se modeler à une chorégraphie, je n’étais plus moi, il y avait une sorte de dépersonnalisation pour réussir à reproduire ce que le chorégraphe avait déjà inscrit dans mon corps. Il fallait obéir, obéir, obéir. A l’époque je ne me rendais pas compte de ça, bien sûr, et je ne pouvais de toute façon pas me rebeller, trop désireuse de plaire à ma mère.

Les moments les plus joyeux étaient la scène, qui est l’aboutissement de toutes les épreuves passées.

J’ai passé 30 ans de ma vie à l’opéra et je n’ai acquis mes valeurs que dans ce milieu là. C’était ma maison mère, où j’ai vécu mon apprentissage de la vie, la construction de mon égo.

Quand le corps dit stop

Un jour, la faculté m’a dit que je devais arrêter la danse, pour des raisons de santé. J’avais 32 ans, à 11 ans de l’âge de la retraite. Je perdais soudainement ce terrain de jeu extraordinaire qu’était l’Opéra Garnier, je perdais une famille.

J’étais désemparée, je ne savais pas quoi faire de moi puisque je ne savais que danser.
Après avoir été sous pression à l’Opéra, j’ai vécu une dé-pression terrible. Même mes enfants n’avaient pas suffisamment de poids à ce moment là de ma vie pour m’animer.

Je suis devenue alcoolique et me suis morfondue un moment. Ensuite j’ai commencé une psychanalyse, la seule chose qu’on proposait à l’époque, mais elle me maintenait dans le vide plutôt que de m’aider à en sortir.

Donc j’ai commencé à apprendre. J’étais curieuse de tout, mais ce qui me plaisait le plus, c’était cette complétude quand je faisais travailler mon corps et mon esprit. Petit à petit j’en suis venue au coaching mais j’ai d’abord fait des études de psycho, je suis devenue praticienne Feldenkrais, alcoologue, j’ai fait de l’hypnose, de la graphologie, de la morphopsychologie… Je cherchais confusément quelque chose à l’intérieur de moi qui ne vibrait pas.

Je me suis ensuite formée au coaching, mais j’ai pataugé un moment, parce que je sentais que quelque chose n’allait pas sans que sache d’où venait cette incomplétude. Je m’ennuyais, et mes clients aussi, je sentais que quelque chose en moi sommeillait.

En parallèle du coaching, je faisais des études en alcoologie et toxicologie et je suis partie à Montréal finir mes études. Dans le centre de désintoxication oú j’ai travaillé, j’ai rencontré des coachs heureux, souriants, avenants qui discutaient avec leurs clients, allaient faire les courses avec eux, les emmenaient danser…

Ça a été un déclic. C’est comme si ma formation rigide et dogmatique en psychologie avait rogné mes ailes, et que je retrouvais la liberté. A mon retour, j’ai commencé petit à petit à introduire le corps et le mouvement dans mon coaching et mes clients repartaient désormais avec le sourire. C’est comme ça que j’ai créé le coaching somatique.

Bien se connaitre pour surmonter les épreuves

C’est parce que j’ai appris à bien me connaitre et à croire en moi que j’ai pu surmonter ces épreuves. Plus on s’assure de ses capacités et de ses ressources, plus on trouve le sens de sa vie.

Une bonne connaissance de soi permet de s’assurer qu’on est à sa place et de sentir quand on s’ennuie. C’est important de savoir en quoi on est bon et ce qu’on aime, et comment mettre cela en scène pour l’appliquer dans la joie et aller jusqu’au bout de ses talents.

Cette connaissance de soi passe aussi par le corps. Moi je n’ai pas eu le choix de faire de la danse et il a fallu que ce soit la maladie, mon corps, qui décide pour moi. A chaque fois que je regarde en arrière, ça a toujours été mon corps qui m’a donné la direction. Le corps est l’indicateur de nos émotions et de nos ressentis.

Laisser parler le corps, se sentir soi-même et écouter toutes les sensations, les émotions, les ressentis, tout ce qui brasse à l’intérieur de nous, tout ça converge dans une connaissance de soi et de ce que l’on veut véritablement.

Faire confiance à la vie

Un de mes petits slogans c’est “ce qui vient est bien”. Il faut essayer de garder le meilleur de chaque expérience et se demander ce qu’on peut faire pour améliorer ce qu’on vit, pour le rendre agréable et joyeux, et pour rester sur sa route. On a tous une vie à accomplir, et c’est ce qu’on va mettre dans cette vie qui va nous permettre de nous sentir utile, mais ce n’est pas toujours ce qu’on avait imaginé. La vie nous envoie aussi des messages et il faut rester à l‘écoute de qu’elle a à nous proposer sans rester enfermé dans ce qu’on subit.

Je ne serais pas la Josette que je suis si la danse n’avait pas été sur ma route. J’ai pu être très en colère après ma mère à une certaine époque de ma vie, mais aujourd’hui je la remercie. C’est parce que ça a été si dur et que j’ai autant souffert que j’ai pu découvrir la liberté. Ça a été une merveille et ça m’a motivé à rendre aux autres leur liberté.


En savoir plus

Josette est une Bloomeuse ! Lire son portrait sur Bloomr

Le site de Josette Lepine: Mon Coaching
Josette Lepine a créé deux associations :

* Le Coaching Somatique ou L’intelligence du corps en mouvement, paru début 2012 aux Editions Valeurs d’Avenir
Quelques videos sur sa chaine Youtube