Conjuguer sa vie au moins-que-parfait

« Mieux vaut être un diamant avec un défaut qu’être un caillou parfait. » – Confucius

Le perfectionnisme : aubaine ou boulet ?

Le perfectionnisme est un monstre à deux faces : une face positive qui nous pousse à faire chaque chose le mieux possible et une face sombre, qui nous conduit à l’immobilisme, la procrastination, l’insatisfaction chronique voire l’épuisement.

Je suis moi même atteinte de perfectionnisme carabiné. Quand je pars en voyage, j’épluche les guides touristiques de destinations potentielles pendant des mois pour trouver celle qui comblera toutes mes attentes. Je trouve toujours quelque chose à redire aux plats que je cuisine, même si on me dit qu’ils sont délicieux. Et je viens de passer 15mn à en apprendre plus sur la nymphose des chenilles pour inclure une simple analogie dans un article.

Les bons jours, ce trait de caractère me permet d’assurer une certaine qualité dans mon travail, et dans ce que j’entreprends, cela m’incite à donner le meilleur de moi-même et à chercher à m’améliorer constamment. Mais les mauvais – et ils sont plus fréquents – mon perfectionnisme m’empêche d’avancer comme je voudrais, m’amène à me remettre en question, à douter de mes capacités et à préférer ne rien faire plutôt que de risquer de le faire mal (ou pas aussi bien que mes attentes démesurées).

Le pire, c’est que je sais que l’idéal de perfection est impossible à atteindre et qu’en plaçant la barre aussi haut, je ne peux qu’être déçue. Ça n’impacte pas seulement le travail que je produis mais aussi mes relations aux autres, mon appréciation des expériences que je vis, ma confiance en moi…
Et je sais qu’aussi que l’énergie que je déploie à passer de 85% à 100% de satisfaction personnelle est disproportionnée par rapport au différentiel réel, surtout qu’en bonne perfectionniste, je n’atteins de toute façon jamais les 100% ! Par exemple, je vais passer 2h à peaufiner une phrase dans un article alors qu’aucun lecteur ne verra la nuance.

Oser se lancer “imparfaitement”

Si je parle de perfectionnisme aujourd’hui, c’est que j’ai constaté que beaucoup se laissent aussi piéger par la recherche d’un idéal de perfection pour leur vie professionnelle. Ils rêvent du job parfait, celui qui remplirait toutes les cases et ils n’osent rien tenter tant qu’ils ne sont pas sûrs que c’est l’option idéale, celle dans laquelle il ne risque pas d’échouer et qui les rendra, à coup sûr, heureux. Ils cherchent frénétiquement une réponse, un signe, un indice qui leur garantirait qu’ils sont sur la bonne voie et, faute d’en trouver, restent bloqués par les doutes et la peur de se tromper ou d’échouer s’ils se lancent “imparfaitement”.

Et si, à la place, on choisissait de vivre au moins-que-parfait ?
Le moins-que-parfait, ce serait un cran au dessous de la perfection. Ce serait se dire qu’on y va quand même, même sans avoir toutes nos cartouches, parce qu’on le sent bien et qu’on fait confiance à notre intuition.
Ce serait abaisser un chouilla nos attentes, considérer que 85%, c’est suffisamment bien pour avancer et s’autoriser à ne pas pousser plus loin quand on sent qu’on les a atteints.
Ce serait se faire un peu violence quand on sent que la face sombre reprend le dessus et y aller quand même, tenter cette aventure, publier cet article, faire cette formation, accepter ce client, répondre à cette offre, parce que c’est en testant et en se confrontant à la réalité qu’on fait les plus grands pas.
Ce serait ne pas attendre le métier parfait, mais accueillir chaque expérience professionnelle dans toutes ses imperfections et se réjouir, même, de la marge de progression possible qui annonce que le meilleur reste à venir.
Ce serait s’efforcer de se satisfaire d’une décision sans se demander sans cesse si il n’y avait pas mieux ailleurs et pouvoir ainsi la vivre pleinement et à fond, quelqu’en soient les conséquences.

Je trouve qu’il n’y a rien de pire pour la motivation que de sentir engluée dans le perfectionnisme, incapable d’avancer. Au final, il vaut mieux se lancer quitte à être un peu déçu, tirer des enseignements de ses erreurs pour faire mieux la prochaine fois, mais au moins ne pas regretter parce qu’on n’a pas osé le faire. En plaçant la barre sur le moins-que-parfait, on s’autorise à lâcher prise, on accepte de ne pas tout contrôler, on se détend un peu et on peut ainsi aborder les évènements et les décisions avec plus de sérénité, de quiétude et de simplicité.