[Métier] Nicolas, développeur évangéliste : un métier varié qui a de l’avenir

Nicolas, 26 ans, présente son métier de développeur évangéliste, un métier encore peu connu sorti tout droit de la Silicon Valley.

Allier technique et relationnel

Développeur évangéliste est un métier nouveau dans les nouvelles technologies. Notre mission est de faire connaître et de vendre les services techniques d’une entreprise à la communauté de développeurs, en participant à des événements, en organisant et en parlant à des conférences, en écoutant des entrepreneurs raconter leur histoire pour voir comment les aider…

L’idée derrière ce métier c’est que les développeurs sont les plus réticents aux techniques marketing. Ils détestent qu’on essaie de leur vendre quelque chose. La meilleure façon de les aborder, c’est d’avoir une conversation d’égal à égal autour de leurs sujets de prédilection. Nous, notre objectif premier n’est pas de leur vendre quelque chose de prime abord, mais plutôt de créer des relations et d’être une ressource pour les développeurs.

Ce qui est vraiment cool, et c’est aussi la raison pour laquelle ce métier peut convenir à des profils qui ne sont pas 100% tech, c’est que ce qu’on fait change tous les jours. Il y a une partie très technique pour savoir utiliser le produit, faire des démonstrations intéressantes, tester des nouvelles technologies, faire de la veille. Et ensuite il y a tout un aspect pas du tout lié à la techno qui consiste à participer à des évènements, organiser des conférences, parler à des entrepreneurs pour les aider à se développer. Il y a aussi une partie rédactionnelle pour écrire des articles de blog, et une partie prévisionnelle où il s’agit de visualiser le futur, de prévoir ce qui va se passer et de le partager. Il y a aussi une partie support où des personnes que tu as rencontrées vont te poser des premières questions sur l’utilisation de l’outil. C’est très varié.

Un rôle amené en développement

Le métier est né dans la Silicon Valley. Historiquement, il ne date pas d’hier, puisqu’il y avait apparemment déjà ce genre de rôle chez Apple dans les années 70, mais avec la multiplication des SAAS* ou des applications qui vendent des API** le besoin a augmenté. C’est devenu plus mainstream avec des conférences, des bouquins sur le sujet.

Aujourd’hui c’est un peu un rôle bâtard, le cul entre deux chaises, celles du marketing et de la technique. A l’avenir, les développeurs vont être de plus en plus habitués à interagir avec des évangélistes, et les entreprises à avoir ces rôles dans les équipes. Ça va peut-être entrer dans les moeurs avec la création de départements spécifiques.

Le métier va aussi évoluer au niveau des produits, avec le développement par exemple des intelligences artificielles. Au final, tout le monde va vouloir faire de l’Intelligence Artificielle mais ce ne sera pas à la portée de tout le monde et les évangélistes vont pouvoir expliquer comment s’en servir.

Pas (encore ?) de formations spécifiques

Je ne pense pas qu’il y ait de formation spécifique pour devenir développeur évangéliste. Tu peux venir de plein d’horizons différents. Je pense que ce qui compte pour que ça marche c’est une curiosité dans la technologie et dans les personnes, et d’être à l’écoute, d’être accessible, ouvert, curieux, sympa. C’est un peu brut mais si t’es con et chiant ou que tu la ramènes qu’à toi ça ne marchera pas. Parfois, je dis que je suis payé à boire des bières et à être un bon copain.

Moi j’ai fait des études d’ingénieurs parce que je m’intéressais à la technologie depuis tout petit. J’ai eu une première expérience de stage comme développeur à San Francisco, où je passais ma journée à coder mais j’avais peu d’occasions de rencontrer d’autres gens. Du coup, j’ai commencé à assister à des marathons de code qu’on appelle hackathons, pour rencontrer la communauté de développeurs. C’est là que j’ai rencontré des développeurs évangélistes et que je me suis intéressé à ce qu’ils faisaient au quotidien.

La dernière année de mes études j’ai eu ma première expérience comme développeur évangéliste en freelance pour Mailjet. En 3-4 mois, j’ai visité plein de destinations où je n’étais jamais allées : Tel Aviv, Berlin, Londres, Amsterdam…

A la fin de mes études il y a 4 ans, je suis parti faire un stage à San Francisco pour 3scale, et j’y suis toujours, basé maintenant à Barcelone. J’avais passé un quart d’heure à parler API avec le fondateur à un meetup*** à San Francisco, et 3 ans après, je l’ai recontacté parce que j’ai vu qu’il cherchait à recruter. Il se rappelait de la conversation qu’on avait eu et ça a marché. Du coup un conseil que j’ai c’est de nourrir les rencontres, d’avoir des bonnes conversations et de se faire des connexions pour plus tard.

J’ai eu la chance que mon école fasse partie du réseaux des Universités Technologiques****. Une des bases de son enseignement c’est qu’on ne peut pas être un bon ingénieur en faisant que de la technique, donc il y a plein de choses qui sont faites pour qu’il y ait un enseignement diversifié. A Belfort on avait par exemple des cours par le spécialiste français de la philosophie des jeux vidéos, des cours sur l’art, sur les éthiques de l’industrie, etc. Grâce à cet environnement j’ai pu tester plein de choses sur des compétences qui n’étaient pas liées à la technique et faire un stage dans un domaine où la technique ne représentait que 30% de mon temps.

Des perspectives d’évolution multiples

On dit que les gens qui font ce métier durent généralement un ou deux ans dans une boîte. Ta vie est faite d’aéroport et de chambres d’hôtel donc ça peut devenir un peu compliqué sur le long terme.
Moi, j’en arrive peut être au bout dans ma boite actuelle mais il y a plein d’évolutions possibles. Tu peux par exemple te spécialiser ou gérer une équipe d’évangélistes quand ta boite grossit. Sur certains programmes d’incubation, il y aussi des “hackers in residence” qui sont la ressource sur des questions techniques et font donc juste la partie conseil du métier d’évangéliste.

Peu de femmes dans le métier

Il y a quelques femmes dans le métier, mais pas assez !
Ceci dit, les femmes qui sont développeurs évangélistes font un très bon boulot pour vocaliser les problématiques liées à la place des femmes dans le monde de la tech, parce qu’elles ont l’habitude de prendre la parole.

Elles peuvent faire plus facilement que les hommes le pont auprès d’autres femmes pour leur parler de leur métier, sensibiliser les jeunes filles au code dans les écoles, ou dans des groupes de filles qui sont de plus en plus répandus comme Women who codes.

Je trouve qu’il y a aussi des efforts qui sont faits pour ouvrir les conférences au plus de monde possible par exemple une des conférences les plus inclusives est organisé par Twilio, qui est une très grosse conférence où il y a du sous-titrage, du langage des signes, une garderie pour les enfants…

Tester, tester, tester…en bon programmeur

Si j’avais un conseil pour construire son parcours pro, c’est d’essayer plein de choses et ne pas rester figé sur sa première idée. Tu réussiras comme ça à trouver des ponts entre tes idées. Par exemple moi, ce qui me plait, c’est d’organiser des évènements pour que les gens se rencontrent. Mais si j’étais resté là dedans j’aurais peut être fini par organiser des séminaires pour des vendeurs de machines à laver. Le pont avec la technologie fait que je m’éclate sur des évènements plus intéressants.

NDLR :

* SAAS : Software as a Service, logiciels accessibles au client en ligne
** API : Application Programming Interface : une interface qui permer d’inter-opérer les fonctionnalités de deux systèmes informatiques
*** Meetups : rencontres organisées de façon informelles autour d’un thème spécifique
**** UTBM à Belfort-Montbéliard, l’UTC à Compiègne et l’UTT à Troyes


En savoir plus

Nicolas est un Bloomeur ! Lire son portrait sur Bloomr
Profil Linkedin : Nicolas Grenié
Profil Twitter