[Dossier Talents] Le rôle du talent dans la performance

La réflexion sur les talents est indissociable de celle sur la performance.
Qu’est ce qui permet à une personne d’atteindre l’excellence ? Quel rôle joue le talent sur la performance ?

Sommes-nous génétiquement conditionnés à réussir ou non dans un domaine ? Sommes-nous capables de développer n’importe quelle compétence à partir du moment où nous y mettons suffisamment d’effort et d’heures de travail ? Ou faut il l’ingrédient magique – le talent – pour devenir exceptionnel ?
C’est le grand débat entre le camp des “nature” et celui des “culture” (ou “nurture” en anglais), sur l’influence de l’inné et celle de l’acquis.

Le point de vue “nature” : le talent a un impact majeur sur la performance

Selon le point de vue “nature”, nous naissons câblés d’une certaine manière, avec notre propre combinaison de forces, de faiblesses, de traits de caractère. Nos talents nous confèrent des facilités naturelles qui nous permettent d’exceller dans un domaine.

On le remarque souvent mieux chez les autres. Par exemple, il y a ceux qui ont “un don” pour les langues et l’oreille pour percevoir un accent et réussir à l’imiter et pourront donc atteindre facilement le niveau d’un natif. Et il y a ceux qui malgré tous leurs efforts, pourront acquérir le vocabulaire mais ne parviendront jamais à se départir de leur accent à couper au couteau.

Difficile de réfuter que certaines personnes ont plus d’aisance que d’autres, sans avoir à faire d’effort, et ce dans tous les domaines : l’art, le sport, les facultés intellectuelles, relationnelles…

Tu l’as probablement toi-même constaté, à l’école, au travail ou dans ta vie quotidienne : il y a des sujets que tu comprends tout de suite, que tu apprends facilement sans avoir à fournir beaucoup de travail et d’autres que tu as plus de mal à saisir même en passant de longues heures dessus. Il suffit d’ailleurs d’observer jouer un groupe d’enfants de 2 ans pour s’apercevoir que dès la tendre enfance, nous avons des inclinaisons naturelles, des comportements et des modes de fonctionnement singuliers.

Puisque le talent influence la rapidité et la facilité avec lesquelles on apprend, il va nous permettre d’atteindre un niveau d’excellence plus élevé, plus vite.
C’est en quelque sorte l’étincelle qui allume l’incendie et qui nous rend brillant, hors du commun, au point de forcer l’admiration.

Pour autant, le talent garantit-il l’excellence et la réussite ? S’il suffit à assurer une performance exceptionnelle, dans ce cas, à quoi bon fournir des efforts ? Soit j’ai du talent et tout ira bien, soit je n’en n’ai pas et dans ce cas, c’est perdu d’avance, ça ne sert à rien que je tente quoi que ce soit dans ce domaine puisque je ne pourrai jamais être bon.
Le talent facilite la maîtrise, même s’il ne fait pas tout. Mais est-il nécessaire pour atteindre l’excellence ?

Le point de vue “culture” : le talent n’est pas un facteur de la performance

Pour le camp de la “culture”, le talent n’a pas d’impact -ou un très minime- sur la performance : tout se joue à la sueur du front.
C’est K. Ericsson, professeur de psychologie à Florida State University, qui a popularisé cette théorie grâce à son étude menée en 1993 sur le lien entre performance, talent et pratique, reprise par Malcolm Gladwell dans son livre Outliers, dans lequel il introduit la “règle des 10000 heures”. Le Pr. Ericsson a étudié pendant de nombreuses années les performances de musiciens, d’athlètes ou de joueurs d’échec pour comprendre les facteurs qui permettent d’atteindre l’excellence. Il en a conclu que le talent ou les différences génétiques n’ont que très peu d’impact sur la performance.

Selon lui, c’est la pratique, et plus précisément la “pratique délibérée” c’est à dire un entraînement structuré et spécifiquement pensé pour progresser et développer des aspects bien précis des compétences, qui permet d’atteindre un niveau hors du commun dans un domaine. Il a établi à environ 10 ans la durée de pratique nécessaire pour exceller. Ce travail demandant un engagement extraordinaire sur le long terme et un certain renoncement que peu d’entre nous se révèlent capables de fournir. Cette pratique est contraignante, éprouvante, c’est la raison pour laquelle peu de personnes atteignent un tel niveau d’excellence.

Autrement dit, avec beaucoup de travail acharné et prolongé, n’importe qui peut maîtriser n’importe quel domaine, quelles que soient ses aptitudes naturelles. La génétique ne rentre pas en ligne de compte.

Notre système éducatif repose beaucoup sur la théorie “culture” plutôt que “nature”. Comme si chacun est une page blanche qu’il convient de noircir d’un même socle de connaissances absolument nécessaires sans prendre en compte notre unicité et nos inclinaisons. Nous devons maîtriser tous les domaines et travailler dur à pallier nos lacunes si ce n’est pas le cas.

Cette théorie présente aussi des pièges. Retirer le talent de l’équation de la performance revient à dire que seul le travail compte, qu’importe le potentiel ou le mode de fonctionnement de chacun. La suite logique est que si je peux tout apprendre, je peux atteindre n’importe quel objectif que je me fixe tant que je fournis suffisamment d’efforts ; si j’échoue ou que je suis moins bon que les autres, c’est donc entièrement de ma faute. De quoi saper facilement la confiance en soi en cas d’échec.
Comment trouver un équilibre entre ces deux philosophies ?

Culture et nature vont main dans la main.

Si le talent n’avait aucune influence sur la performance, comment expliquer que deux personnes qui passent exactement le même nombre d’heures sur un sujet en faisant exactement les mêmes exercices n’atteignent pas le même niveau ?
Et si seul le talent comptait, comment expliquer qu’une personne dotée d’une magnifique voix de soprano ne puisse égaler Maria Callas chantant La Traviata ?
Talent et pratique, nature et culture, vont main dans la main. C’est un échange constant entre les deux qui permet une performance hors du commun.

Le talent prend du temps à se développer. Rares sont ceux qui réussissent sans effort, chance du débutant mise à part. On ne va pas pouvoir reproduire un paysage avec la précision d’une photographie la première fois qu’on tient un crayon dans la main, simplement parce qu’on a un talent pour le dessin. Le talent est comme une graine, pour devenir un bel arbre, il lui faut la bonne nourriture. Cette nourriture, c’est la pratique.

Le Pr. Hambrick, professeur en psychologie à l’Université du Michigan (MSU), a mené des recherches qui montrent que c’est la nature qui nous pousse vers notre objectif, même si c’est la pratique qui nous permet d’atteindre un certain niveau de performance. Et que nature et culture sont donc intimement liées.
En effet, il s’est aperçu que les musiciens talentueux passaient plus d’heures à pratiquer, comme mûs par leur talent, et que le résultat de leur travail était décuplé par rapport à ceux qui n’avaient pas de talent.
Dans son étude, le différentiel dans la performance entre les individus ne s’expliquait que très peu par la pratique. Par ailleurs, l’impact de la pratique variait considérablement d’un domaine à l’autre. Par exemple, la pratique a beaucoup moins d’effet dans les domaines liés à l’éducation (4%) ou aux métiers (1%) que dans la musique (21%) ou le sport (18%). Autrement dit, plus une activité est prévisible, plus la pratique compte.
David Shenk, auteur de The Genius in All of Us, affirme lui aussi que nature et culture sont intimement liées. Selon lui, il faut voir le talent comme un processus plutôt que comme quelque chose qu’on possède ou non. Le talent se développe au contact de l’environnement, au cours des expériences.

Le talent favorise la performance parce qu’il accélère l’apprentissage et permet donc d’arriver à la maîtrise plus rapidement. En 1950, une étude* auprès d’étudiants a montré qu’avec de l’entraînement, tous les étudiants pouvaient augmenter leur vitesse de lecture mais que ceux qui démarraient avec une bonne vitesse (300 mots par minute) et avaient donc une aptitude naturelle dans ce domaine faisaient plus de progrès (2900 mots à la minute à la fin de l’étude) que les autres.

Par ailleurs, s’adonner à une activité qui mobilise nos talents procure généralement du plaisir et de la satisfaction puisqu’on fait les choses avec facilité et naturel, ce qui va nous pousser à poursuivre l’activité pour se perfectionner. Il peut néanmoins arriver qu’on n’éprouve pas de plaisir à utiliser certains talents. Dans ce cas, nous n’aurons pas envie de les exploiter ni de les développer parce qu’on ne ressent pas de satisfaction à le faire.

Enfin, notre motivation à exceller va être boostée par les encouragements des autres, qui vont repérer notre potentiel et nos talents et nous inciter à les utiliser et à les développer. On va encourager la personne qui a une belle voix à chanter, celle qui aime imiter à faire du théâtre, l’enfant qui a une belle plume à écrire.
C’est comme monter une côte à vélo. La présence du talent permet de choisir la bonne vitesse pour faciliter la montée et atteindre le sommet plus rapidement et avec moins d’effort. Avec du talent, le retour sur investissement en temps et en énergie est bien meilleur.

Mais c’est bien à travers la pratique intentionnelle, réfléchie, structurée et pensée selon des objectifs précis d’amélioration qu’on va pouvoir développer ses talents. Pour atteindre un haut niveau de performance, il faut donc identifier ce talent à activer, puis décider qu’il est vital de le développer et s’y atteler dans la pratique.

Cette pratique intentionnelle s’accompagne d’autres facteurs qui vont nous aider à poursuivre nos efforts sur le long terme.

Csikszentmihalyi distinguent huit facteurs qui conditionnent le développement d’un talent**:
1) la reconnaissance sociale des habiletés et des aptitudes
b) la présence de traits de personnalité contribuant à la concentration et à l’ouverture d’esprit
c) l’apprentissage d’habitudes de travail
d) le choix d’une orientation de l’énergie psychique vers le travail dans le domaine de compétence
e) l’importance de la famille dans son rôle de soutien, de construction de défis, de facilitateur d’accès à un état de flow
f) l’influence de l’enseignant favorisant le plaisir et assurant un soutien
g) la présence simultanée de plaisirs immédiats incorporés dans une projection de récompenses futures
h) le talent est encouragé par les expériences optimales (flow) associées au domaine d’excellence

Pour qu’un talent se développe, il faut donc qu’aptitudes naturelles et facteurs environnementaux se combinent.
Et pour alimenter le moteur et garder sa motivation, la discipline, la persévérance, le goût de l’effort et de l’apprentissage, l’attitude, la personnalité, l’enseignement, l’environnement, les opportunités aussi, vont être autant d’éléments qui ont un impact sur les fruits de son travail sur le long terme.

Le talent est donc le tremplin qui va nous permettre, à force de pratique soutenue, d’exceller dans un domaine, en combinant nature et culture.
Bien connaître ses talents permet de capitaliser son potentiel et de s’orienter vers un domaine dans lequel on va pouvoir mettre notre énergie et notre effort dans des activités pour lesquelles notre aisance naturelle va nous sortir du lot.

Cela ne veut pas dire pour autant qu’il ne faut rien oser sous prétexte qu’on considère ne pas avoir de talent. Au contraire, c’est en explorant et en expérimentant de nouvelles activités qu’on pourra découvrir de nouveaux talents en fonction des facilités qu’on aura repérées.

« The Rewarding Work of Turning Talents Into Strengths », étude Gallup par Tom Matson and Jennifer Robison, Janvier 2017

** Les significations accordées aux événements et aux aléas d’une carrière sportive : des sources du développement de l’expertise par Jean-Luc Tomás and Philippe Fleurance, 2007, revue l’Orientation scolaire et professionnelle (O.S.P)


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