[Reconversion] Ariane, diététicienne : pimenter sa vie professionnelle en alliant nourriture et contact humain

Ariane Grumbach est une des diététiciennes les plus populaires du web français. Et pour cause : sur son blog, pas d’injonctions culpabilisantes ni de super astuces régimes, Ariane milite pour le plaisir de manger. Si sa passion pour la nourriture a toujours fait partie de sa vie, ce n’est qu’à 37 ans qu’elle en fait l’ingrédient principal de son métier, et se reconvertit dans la diététique après plusieurs années dans le marketing, la communication et le conseil. Elle nous raconte ce virage audacieux et réussi.

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Je suis diététicienne nutritionniste, j’accompagne les personnes pour modifier leur alimentation. Mais quand je me présente, j’utilise toujours un oxymore : ‘diététicienne gourmande’ ou ‘diététicienne du plaisir de manger”. Je suis un peu atypique par rapport à l’image qu’on a de la diététicienne parce que je suis pour le plaisir de manger et contre les régimes.

Un de mes credo c’est vive la liberté alimentaire ! S’écouter soi, écouter ses envies et ne pas écouter tout ce qu’on entend sur ce qu’il faudrait manger et ne pas manger. Je prône la tolérance entre mangeurs et le respect des choix de chacun. Je parle beaucoup de donner de la souplesse, pour trouver une façon de faire adaptée aux rythmes de vie de chacun. Je suis pour prendre les personnes dans leur individualité et les accompagner vers un changement durable.

C’est justement ce que je préfère dans mon métier : la rencontre individuelle avec les patients, la singularité de chaque personne et le fait de pouvoir les aider à être en paix avec la nourriture en prenant en compte leur particularité. C’est très satisfaisant et gratifiant, d’arriver à remettre la nourriture à sa place dans la vie de quelqu’un.

Des débuts sans vocation

J’étais bonne élève mais sans aucune vocation. Je n’avais pas d’idée de ce que je voulais faire donc j’ai suivi un cursus bac scientifique, prépa puis HEC et je suis rentrée par hasard chez Air France. J’y ai fait de la communication et du marketing, à l’époque c’était une entreprise qui offrait de bonnes opportunités d’évolution. Au bout de 11 ans, j’ai eu envie de voir autre chose et j’ai fini par partir. Je suis rentrée dans un cabinet de conseil pour m’occuper des relations clients, puis j’ai fait de l’accompagnement du changement mais côté humain, dans des projets informatiques. Je suis restée 5 ans dans ce cabinet de conseil mais je n’étais pas très heureuse et en 2005, à 37 ans, j’ai commencé à réfléchir à un changement de métier.

Rencontre à point nommé avec le métier de diététicienne

En fait ce qui m’a toujours intéressée, et je m’en suis aperçue au fil du temps, c’est les gens, l’humain. J’ai décidé de faire un bilan de compétences, pour voir si je ne pouvais pas me tourner vers les ressources humaines ou l’accompagnement de carrière.
Une amie m’avait conseillée d’aller à la cité des métiers pour passer en revue l’éventail des possibilités. Comme je suis un peu paresseuse, je me suis rabattue sur une liste de métiers d’un site d’orientation sur internet et c’est comme ça que je suis tombée un peu par hasard sur le métier de diététicienne. J’ai réalisé que la nourriture était quelque chose qui était central dans ma vie depuis longtemps et que ce métier me permettrait de concilier personnes et nourriture.

C’est un métier qui ne faisait pas du tout partie de mon paysage mental.

Je n’y avais jamais pensé parce que c’était très loin de moi, même si j’avais déjà eu des fantasmes d’ouvrir un restaurant, un salon de thé, de faire quelque chose autour de la nourriture.

Un virage audacieux mais serein

Je me suis donc lancée dans la diététique et ça a été comme une révélation. J’ai entamé les études par correspondance parce que financièrement je n’avais pas les moyens d’arrêter de travailler. Le programme sur 2 ans était énorme, c’était un peu fou, je travaillais le soir et le weekend. Mais j’avais décidé de ne pas me mettre trop de pression, que ça prendrait le temps que ça prendrait, et finalement, j’ai eu mon diplôme du premier coup.

Je me suis d’abord installée à mi-temps, il y a 10 ans, le temps de démarrer mon activité et au bout d’un an et demi j’ai basculé à plein temps.

Ce parcours était sans doute nécessaire, d’abord pour me donner confiance en ma capacité à accompagner des personnes, à comprendre certains comportements complexes et me donner une certaine assurance que je n’avais pas plus jeune. Aujourd’hui, j’adore la liberté et l’indépendance d’être ma propre patronne mais je ne crois pas que j’en aurais été capable à 20 ans. Et puis, ça ne me serait pas venu à l’idée je pense, étant brillante élève au lycée, de faire un BTS.

A la découverte de nouveaux outils

Je me suis rapidement rendue compte que le sujet était encore bien plus complexe et passionnant que ce que j’imaginais au départ et j’ai complété mon apprentissage avec d’autres formations pour découvrir de nouveaux outils. Je me suis formée auprès de l’association le G.R.O.S.* (Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids) qui ont une approche globale du comportement alimentaire qui intègre une dimension psychologique, et j’ai suivi des formations sur les émotions, sur certaines thérapies d’acceptation…
Ce qui est complètement dingue, même si les études sont en train de changer, c’est que c’est un BTS en 2 ans avec 0% de psychologie alors que le métier c’est 80% de psychologie.

Par la nourriture on a accès à beaucoup de clés de compréhension affective, relationnelle, autour de l’estime de soi, etc.

Transmettre son message avec passion

Au delà des personnes qui viennent en consultation, j’avais envie de toucher un public plus large pour les aider à destresser par rapport à l’alimentation, à mieux accepter leur corps. J’avais envie d’apporter ce message de tranquillité au plus grand nombre. J’utilise pour cela tous les moyens possibles, dont mon blog que j’ai démarré pour me faire connaitre, valoriser ce que je faisais et défendre mon point de vue sur l’alimentation, puis les livres qui ont suivi. C’est aussi cette diversité qui rend mon métier riche et intéressant.

Je pense que c’est parce que je suis passionnée par mon métier que j’ai réussi à prendre cette place là sur internet.

Avant, je ne savais pas communiquer sur ce que je faisais, je ne réseautais pas, j’avais du mal à parler de mon métier, parce que ça m’intéressait moins. Maintenant, je me sens a ma place et je sens que j’ai des messages à faire passer, donc ça se fait naturellement sans que j’ai besoin de me forcer.

Le fait d’être passionnée par ce que je fais m’a permis de surmonter une certaine timidité.
Par exemple je me suis inscrite sur Twitter et tout le réseautage mi-virtuel/mi-réel me plait énormément et m’apporte beaucoup dans les rencontres que ça suscite.

Les clés du succès : patience, zen attitude et écoute de soi

J’ai une grande capacité a être dans le présent et a faire une chose après l’autre, à ne pas être dans le fantasme, mais à travailler au jour le jour, avancer étape par étape. Je me suis dis “d’abord réussis tes études après on verra”, ensuite une fois que j’ai eu mon diplôme je me suis installée, etc. J’avance en me concentrant sur le présent et ce qu’il y a à faire, une chose après les autres.
J’ai aussi une assez bonne capacité à ne pas me stresser, ne pas m’angoisser. C’est un chemin, qui est venu avec l’âge. A 20 ou 25 ans je n’étais pas vraiment comme ça même si j’ai toujours su résister à la pression, dire non et poser des limites. Je vous l’ai dit, je suis un peu paresseuse, alors je ne me mets jamais trop de pression.

Je dis toujours qu’il faut écouter son intuition pour se détacher un peu de ce que disent les autres parce que l’environnement peut devenir un frein si on est entouré de personnes qui projettent un peu leurs angoisses, qui nous disent que ce n’est pas forcément le bon moment, qu’on ne va pas y arriver, etc.

C’est important de se recentrer sur soi, de s’écouter et si on se dit que c’est le bon moment, d’y aller.

Et prendre son temps. Même si ça prend 2, 3, 5 ans, à l’échelle d’une vie ça vaut le coup.


En savoir plus

Ariane est une Bloomeuse ! Lire son portrait sur Bloomr

Le site d’Ariane : Arianegrumbach.com
Le blog d’Ariane : L’art de manger
Son profil Twitter : Arianegrumbach

Ariane a écrit un livre, publié aux éditions Carnets Nord : La gourmandise ne fait pas grossir ! 

* Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids : gros.org