[Entreprenariat] Céline, co-fondatrice d’une agence de conseil en communication : cultiver le plaisir au travail

Céline Puff Ardichvili est une fervente défenseur du plaisir au travail. D’ailleurs, Bloomr peut compter sur son soutien depuis ses débuts.

Elle a eu envie de nous raconter son parcours pour transmettre le message que tout le monde peut (re)prendre sa vie professionnelle en main, et qu’il faut oser prendre des risques car ils sont porteurs d’opportunités.


J’étais co-directrice générale d’une agence de RP, dans la filiale française d’un réseau international, qui a une réelle expertise en RP dans les technologies. Avec l’ancienneté et la montée en grade, mon rôle avait évolué du conseil vers la gestion de personnel et financière de la filiale. Au fil du temps, je quittais mes sujets et mon métier de conseil et d’accompagnement pour un autre, et je me suis rendue compte que je ne l’avais pas choisi. Le constat était que cela ne me correspondait pas.

Depuis très longtemps, l’un de mes sujets de prédilection est le développement durable. Un père dans le secteur de la dépollution des sols et des études secondaires en commerce international spécialisation éco-industrie m’ont donné le goût et surtout l’intérêt pour ces sujets – majeurs, comme l’histoire le démontre aujourd’hui. Et malheureusement, dans les années 2000, je sentais que le sujet n’était pas vraiment pris en compte par mon agence.

En conséquences, les consultants ne savaient pas réellement conseiller les clients dans leurs communications sur ces thématiques : quand certains avaient des velléités de s’y aventurer en parlant de green IT, de bénéfices sociétaux ou d’économies d’énergie ou de papier, j’avais le sentiment que l’on était à côté de la plaque, voire en plein greenwashing. En bref, le conseil sur ces sujets n’était selon moi pas de qualité. Or, je pense que c’est la responsabilité d’une agence de se mettre au niveau afin de proposer un vrai conseil – parce que l’on est payé pour cela, d’une part, et parce que ce que l’on dit aux journalistes et influenceurs n’est pas anodin, au contraire. Tout a un impact, et le communiquant a une vraie responsabilité. Plutôt que de risquer de devenir frustrée par cette problématique, j’ai décidé de prendre le sujet en main.

Une formation et une remise en question

J’ai d’abord proposé à mon entreprise un plan pour me former sur les sujets liés au développement durable afin d’en faire directement bénéficier les clients et les équipes au sein de l’agence, et, en gagnant en expertise, de convaincre des clients de nous confier des missions plus spécialisées notamment en cleantech. J’ai expliqué que selon moi, c’était indispensable pour la crédibilité de l’agence, et j’ai même proposé de prendre entièrement à ma charge cette formation pendant un congé sabbatique – auquel je pouvais prétendre au vu de mon ancienneté. Cependant, j’ai surtout expliqué que pour moi la transformation qui s’opérait était majeure et que le risque, pour l’agence, de ne pas s’inscrire dans le mouvement était grand. J’ai exposé les risques et opportunités business… et mon agence a proposé de financer ma formation et d’adapter mes horaires.

J’ai donc quitté la direction générale. Sauf que ça ne s’est pas passé comme prévu. Je revenais de formation avec un nouvel univers, nous avons gagné des clients en mettant en avant de nouvelles compétences, mais la greffe ne prenait pas vraiment. Je sentais que, de la part de la direction comme de nombre de mes collègues, c’était business as usual, et que pour tout le monde, le « green » ou « l’éthique » était une brique en plus, mais absolument pas le fondement de la communication.

J’ai une part de responsabilité : de toute évidence, je n’ai pas su convaincre de l’importance de ces sujets en interne, et je n’ai pas su passer le relais – un comble. Je me suis remise en question, et j’ai beaucoup appris de ce semi échec. Mon attitude face au scepticisme ou à l’indifférence a énormément changée depuis, notamment à travers le travail que j’ai pu faire aux côtés de gens qui sont « dans le dur » de la transition environnementale et sociétale. Car acquérir des compétences en développement durable et savoir les partager sont deux choses différentes.

J’ai donné des cours sur la communication et le développement durable à cette période, notamment à des Master 2 et à des 3ème année d’école de commerce. Et cette expérience a été très formatrice dans mon parcours. A cette période, j’ai rencontré beaucoup de personnes dans la communication (plus) responsable, et le fossé a fatalement grandit entre le rôle que je voulais prendre dans la société et celui que j’avais. A nouveau, pas question de devenir frustrée pour autant ! J’ai donc décidé de quitter l’agence dans laquelle j’avais passé 10 ans.

Du salariat à l’entreprenariat

C’est à cette période que je me suis rapprochée de Béatrice Lévèque, que j’avais connue 20 ans auparavant alors que nous travaillions toutes les deux dans une autre agence de RP tech et avec qui j’avais gardé contact. Elle venait tout juste de monter sa structure, et elle m’a appelée en me proposant de venir l’aider sur des sujets de communication liés à l’énergie pour l’un de ses clients.

Voyant nos complémentarités et surtout constatant que nous avions la même vision du métier – qualité, sans concession, conseil ouvert et honnête – on s’est tout de suite associées et c’est un mariage génial. On s’entend très bien, on adore notre boulot, et surtout, on connait nos priorités. Aujourd’hui, nous avons quatre salariées – oui, uniquement des filles pour l’instant, mais ce n’est pas volontaire !

A titre personnel, je peux cultiver mon expertise dans le développement durable, et je me considère en formation permanente. Par exemple j’ai fait le MOOC New Energy, une formation très technique sur les énergies renouvelables de l’EM Grenoble, parce qu’un de nos clients nous posait toujours des questions très pointues – et parce que, fondamentalement, cela m’intéresse de comprendre le monde dans lequel nous vivons ! C’est un sujet qui, par définition, est en constante évolution.

Grâce à mon master, j’ai développé un réseau fantastique, j’ai creusé les relations avec les promos précédentes et suivantes, j’ai décroché des missions par effet domino, je me suis fait des amis pour la vie. C’est un effet Kiss Cool que je n’avais pas du tout calculé : le master m’a permis de gagner des contacts business et amicaux de personnes qui partagent mes valeurs et avec qui la confiance est déjà acquise.

Cultiver le plaisir au travail

Quand on a monté notre projet professionnel avec Béatrice, on a décidé qu’on ne voulait rien s’interdire pour réussir à faire le travail que l’on estime être de qualité. Avec Look Sharp on s’autorise à faire des propositions un peu différentes à nos clients. On ne répond pas toujours au brief, on le challenge.

On considère l’influence au sens large, à l’anglo saxonne : quand on nous demande des relations presse, on répond, en ajoutant le fait de créer des conférences d’experts pour toucher des cibles complémentaires, on fait se rencontrer des cercles d’influence qui ont des intérêts potentiels croisés, et on utilise beaucoup les réseaux sociaux en B2B bien sûr. On a tissé un réseau de partenaires dans divers secteurs d’activité – événements, image, stratégie de marque, en France et à l’étranger. L’important, c’est de retrouver avec eux un état d’esprit positif. C’est comme cela que l’on peut challenger nos clients parfois : si on ne croit pas à leur storytelling, on remonte aux sources, on retravaille, ensemble, en collaborant. Et souvent, le client reconnaît que le processus est productif de leur côté ! Ma grande fierté est que nos clients nous considèrent comme un partenaire.

Il n’y a pas de secret : on ne se ménage pas. Mes collègues et moi, nous ne restons pas collées à nos chaises derrière notre téléphone. Nous sommes tous les jours en conférences, sur des salons, dans des lieux où se construit le business de nos clients via des réseaux d’influences. Notre réseau devient leur réseau et vice versa. Notre métier évolue naturellement en fonction des besoins de nos clients. La transformation nous touche aussi, nous la vivons !

Le plaisir au travail se cultive. On essaie de passer cet état d’esprit auprès de nos salariés aussi, de leur communiquer notre passion et de partager les leurs aussi ! Notre agence évoluera forcément avec les aspirations de nos collaborateurs. On a la chance d’avoir des personnes absolument brillantes, le genre de personnes avec qui on a envie de travailler mais aussi de passer un moment à discuter et à prendre l’apéro ! On déjeune souvent ensemble, on a un abonnement de gym au même endroit – très utile pour la motivation…

Bien sûr, on leur demande aussi de se former sur de nouveaux sujets, participer à des conférences, aller aux soirées networking. Mais ce qui est surtout important c’est que l’on réussisse à les encourager à prendre des initiatives, à tester des choses, à ne pas se mettre de barrière, à être fier dans leur travail, à oser. On espère que notre enthousiasme est contagieux.

Prendre son épanouissement professionnel en main

Il n’y a pas de fatalité dans le travail. C’est une conviction pour moi. Aujourd’hui, les expressions comme “ça va comme un lundi” ont le don de m’irriter parce que je considère qu’on n’est pas obligé de rester là-dedans. Pour moi il n’y a pas d’obligation à rester malheureux dans son job. Certes, il y a du chômage, sans même parler de reconversion, trouver un autre job n’est pas facile. Mais il faut considérer que le monde est grand. On peut quitter une entreprise, on n’y est pas chevillé à vie. Et ça sera mieux pour soi-même.

Bien sûr, je ne vais pas dire que reprendre des études ne représente pas un investissement conséquent et un risque potentiel. Mais dans mon cas – et dans le cas de tous les gens que j’ai pu croiser et qui ont eu une démarche similaire – le bénéfice est grand. On sera toujours meilleur si on fait quelque chose dont on a vraiment envie. On convaincra toujours mieux quand on a nous-même vécu l’expérience. Ce qui compte, c’est se donner les moyens. Il n’y a pas d’âge pour prendre des risques. J’ai moi-même pris un risque assez monumental mais, avec le recul, nécessaire et salvateur. Selon moi tout risque est une opportunité.

Aujourd’hui je pense que pour mes enfants, c’est un superbe exemple de pouvoir leur dire que je suis contente d’aller au boulot, que je suis fière de ce que je fais… Je pense qu’en 5 ans mes enfants ne m’ont jamais vu aller au travail en trainant des pieds et je trouve ça très important. Je leur donne confiance.

Des clés pour changer sa vie en changeant de job

Quand on ressent le besoin de changer de job, une chose qui peut aider, c’est de rechercher un regard extérieur bienveillant. Pour ma part, j’ai fait un bilan de compétences en marge de ma négociation avec mon entreprise, avec le Fongecif. Parfois c’est bien de pouvoir remettre à plat sa carrière, les moments qui ont été capitaux pour soi, avec une personne extérieure qui n’est pas le compagnon ou la compagne et qui va jouer le rôle de miroir objectif pour éclaire son parcours. Pour moi, cette étape a été aussi l’opportunité de reprendre confiance en moi.

Et en parallèle, il faut aussi chercher des réponses en soi sans les attendre tout le temps de quelqu’un d’autre, trouver ce qui te convient sans chercher à suivre un modèle. Les deux démarches sont complémentaires.

On peut aussi se lancer dans des projets en parallèle de son job pour se nourrir soi-même, donner un sens à ce que l’on fait et ne pas dépérir en attendant la retraite ! On ne sait pas où les passions peuvent nous mener.

En tout cas, je suis persuadée que l’entreprise attend des propositions de la part de ses collaborateurs. J’ai été – et je suis toujours – manager : les managers veulent que quelqu’un vienne faire des propositions, avec l’envie de prendre en main un projet, ils veulent entendre que la personne est prête à prendre les rênes. Dans les grandes entreprises il peut y avoir des projets et des opportunités magnifiques car elles sont en attente de solutions.

Certes, il y a le frein au changement et l’inertie du système mais si proposer une telle évolution représente une solution, l’entreprise le reconnaît ! Plusieurs voies existent aujourd’hui : la formation continue mais aussi l’essaimage, l’intrapreneuriat… rêver d’une autre façon de travailler ne devrait pas être un luxe.

Il y a beaucoup de voies possibles pour se reconvertir. Dans mon cas, je sais bien que c’est un luxe de pouvoir choisir nos clients, d’avoir fait un Master, de travailler avec des gens que j’estime, côté collaborateurs comme côté clients, etc. J’ai eu la chance de pouvoir vivre une transition en douceur, avec un mari et une famille qui m’ont beaucoup aidée et soutenue. Je conçois que tout le monde ne peut pas prendre le risque financier, les formations sont chères si elles ne sont pas payées par une entreprise. Mais il n’y a pas de raison de ne pas essayer !

Prendre la vie du bon côté

Je suis très obstinée, je garde le contact et j’entretiens les liens avec les personnes que j’aime bien, je m’arrange pour les voir, même une fois par an. Et je pense que c’est ce lien et cet intérêt qui, sur le long terme, paie. On ne sait pas qui seront nos clients, amis, collaborateurs demain ! Tout est ouvert. Aujourd’hui, il y a des clients avec qui je n’avais pas travaillé depuis longtemps et qui reviennent, pour parler, échanger des idées, ou pour que l’on retravaille ensemble.

J’ai un optimisme communicatif. Au début, je ne m’en rendais pas compte mais on me l’a souvent dit. Quand ça ne va pas, je le garde pour moi, je travaille et je corrige le tir. Et quand ça va bien, je partage. Je pense que, c’est naturel, tout le monde a envie d’être entouré de personnes optimistes et positives. Personne n’a pas envie d’être avec des personnes qui tirent la tronche toute la journée. J’ai aussi remarqué après coup que lorsque j’ai été malheureuse au travail, la qualité de ce que je rendais mais aussi ce que je dégageais en tant que personne, étaient différents. Et que je n’en étais pas fière. C’est un cercle vicieux ! Mon constat est que : être heureux au travail rend meilleur – personnellement et professionnellement !

Je ne peux que parler de mon expérience et de celle des gens qui auront bien voulu partager la leur avec moi. Je ne veux pas en tirer des généralités, chaque cas est différent. Mais pour moi, la chance n’existe pas. Tout est une question d’attitude, de prendre les choses de façon positive. Et il ne faut pas se retrouver à se lever le matin en se disant que « ça ne va jamais » – c’est le signe qu’il faut changer quelque chose en profondeur à sa routine !
La vie est trop courte, on passe un temps de dingue au boulot, si on doit effacer la moitié de sa vie parce qu’on s’ennuie c’est vraiment dommage. Alors courage, essayer de changer les choses au boulot, pour soi et pour les autres, ça vaut le coup !


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Céline est une Bloomeuse ! Lire son portrait sur Bloomr

L’entreprise de Céline : Looksharp.fr
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