Croyances limitantes : quand nos pensées nous sabotent

Laure et Lydie, 52 ans chacune, sont collègues et occupent le même poste depuis 15 ans.
Il y a un mois, elles ont appris qu’elles étaient licenciées suite au rachat de leur entreprise.
Depuis, Laure a déjà envoyé plusieurs CV et songe à faire une formation pour booster ses chances de retrouver du travail.
Lydie, elle, a le moral dans les chaussettes, persuadée qu’elle sera au chômage jusqu’à la retraite.

Ce qui explique cette différence d’attitude ?
C’est simple : Lydie est convaincue qu’après 50 ans, il est impossible de retrouver du travail. Laure, elle, pense qu’elle a encore 15 belles années professionnelles devant elle et qu’il n’est jamais trop tard pour progresser. La première voit ce licenciement comme une catastrophe, la deuxième comme une opportunité.
Chacune agit en fonction de sa vision du monde, sauf que si celle de Laure l’aide à aller de l’avant, celle de Lydie, en revanche, l’entrave. C’est ce qu’on appelle une croyance limitante.

Des croyances, limitantes ou non, on en a tous, souvent sans même en avoir conscience.
Ce sont ces convictions qui forment le filtre permanent qui colore notre perception de nous-même et du monde. Ni réalité objective, ni vérités, elles correspondent à une façon parmi d’autres d’envisager le monde.

Elles se forment à partir d’une opinion qu’on s’est faite. Une opinion qui s’est renforcée au fil du temps jusqu’à devenir une certitude. Petit à petit, nos croyances finissent par former l’ensemble de règles qui déterminent ce qu’on se considère en droit de faire ou capable d’accomplir.

Si chacun construit naturellement son système de croyances, c’est qu’on en a besoin pour fonctionner et appréhender le monde sans passer un temps fou à analyser chaque situation et à se poser mille questions. Elles nous permettent de faire des prédictions, de prendre des décisions rapides, de suivre des habitudes… Partagées, elles deviennent aussi le ciment d’un groupe, d’une société.

Une croyance devient limitante lorsqu’elle nous empêche d’agir librement et d’avancer, qu’elle impacte notre performance voire notre réussite et notre épanouissement, tout simplement.

Croyances limitantes : définition

Les croyances limitantes interviennent dans chaque aspect de la vie : ce qu’on pense de nous-même (“j’ai toujours été maladroite”), des autres (“il faut se méfier des gens trop gentils”), du travail, des sentiments (“il vaut mieux cacher ses émotions, sinon on semble paraître faible”), ou encore du succès, du pouvoir, des interdits…

Elles sont très présentes dans le milieu professionnel. Certaines sont assez répandues, comme “Réussir, c’est gagner beaucoup d’argent”, ou au contraire, “Gagner beaucoup d’argent monte forcément à la tête”.

Mais il y en a quantité d’autres, comme par exemple :

  • Une femme ne peut pas devenir pilote de ligne/CEO de grande entreprise/chef étoilé
  • Pour faire un métier artistique, il faut forcément du talent
  • Après 40 ans, il est trop tard pour reprendre des études
  • Une femme se doit d’avoir des enfants et de consacrer un maximum de temps à les élever
  • Il faut se méfier des femmes “mariées à leur carrière”
  • C’est à l’homme de ramener l’argent dans un foyer
  • Il faut toujours viser plus haut
  • Après 20 ans dans le même secteur, c’est impossible de faire autre chose
  • Lorsqu’on n’a pas de diplôme, on ne peut pas se payer le luxe d’être regardant sur les offres d’emploi qu’on accepte
  • Il faut avoir une passion pour être heureux dans son job
  • Un homme esthéticien, c’est un peu ridicule
  • Pour être un bon manager et se faire respecter, il faut être froid et inflexible
  • Il ne faut surtout pas montrer ses faiblesses dans le monde du travail
  • Le monde du travail, c’est la jungle
  • Aujourd’hui on ne peut plus rien attendre de l’entreprise
  • Les CAP, c’est pour ceux qui sont en échec au lycée
  • Pour réussir dans la vie, il faut souffrir
Le problème des croyances limitantes, c’est qu'elles agissent comme des oeillères. Click To Tweet

On cherche chaque indice, chaque preuve qui peut les confirmer et les alimenter, et on se rend aveugle à tout ce qui les infirme.

Par exemple, Lydie va retenir le cas de Philippe, qui est au chômage à 52 ans et n’arrive pas à retrouver de travail, mais oublier ceux de Brigitte et de Bernard, 53 et 55 ans, qui eux, ont réussi à en retrouver même si ça n’a pas été simple et s’épanouissent. Les concernant, on va avancer des explications du type “oui mais Brigitte c’est normal, elle était pistonnée” ou “mais Bernard c’est une exception, il a eu de la chance”. Résultat, on se conforte en permanence dans nos croyances.

De la même façon, on va tout faire pour que nos actions s’alignent avec nos croyances. On finit par reproduire sans cesse les même schémas, pour se prouver qu’elles sont fondées.

Par exemple, Elise est persuadée qu’elle est timide. Chaque fois qu’une impulsion la pousse à partager une idée en réunion, une petite voix dans sa tête lui dit “mais non, souviens-toi, tu es timide, tu vas bafouiller, on va se moquer de toi, mieux vaut que tu te taises”. Les rares fois où elle ose s’exprimer, c’est avec une voix inaudible, on lui fait répéter, elle rougit, c’est en effet un enfer. Du coup, elle se maintient dans son rôle de timide et accumule les preuves que timide elle est, timide elle restera. Et elle se sabote au passage, en s’interdisant d’agir et de sortir de sa zone de confort.

Il faut dire que les croyances limitantes ont une utilité peu avouable : elles forment une sorte de nid douillet et réconfortant dans lequel se blottir, en nous offrant sur un plateau de bonnes excuses pour ne pas se mouiller.

En se répétant qu’il est im-pos-sible de percer dans le métier de comédien, Léo s’évite d’avoir à tenter sa chance : à quoi bon, puisqu’il n’en a aucune ? Cette croyance lui sert de protection contre le risque d’échec et de rejet.

Comment naissent les croyances limitantes

Les croyances limitantes se construisent principalement par héritage et par expérience. Il y a celles qui nous ont été transmises et se sont formées dans l’enfance, en fonction de l’éducation reçue, de l’environnement et de la culture dans laquelle on a grandi, des non-dits et des croyances qui nous ont bercés.

Elliott a passé toute son enfance le nez dans ses bouquins. Ses parents n’ont cessé de lui rappeler qu’il n’était pas sportif, que c’était l’intello de la famille. Aujourd’hui, malgré son envie de se mettre à une activité physique, il n’ose pas se lancer, persuadé qu’il ne peut pas y arriver.

Beaucoup d’entre nous considèrent qu’un as des maths est plus intelligent qu’un virtuose de la poterie, parce que dans notre culture, les matières dites intellectuelles sont plus valorisées que les matières manuelles,

Les croyances limitantes se forgent aussi à partir des généralisations qu’on tire de nos expériences, de nos échecs et de nos rencontres. Pierre a essayé par deux fois d’apprendre l’espagnol mais à chaque fois, il a abandonné, découragé par son manque de progrès. Depuis, il s’est auto-proclamé “nul en langues”. C’est dommage, il lui faudrait surtout un bon prof, une bonne méthode, et un séjour d’un mois dans un pays hispanophone.

Pourquoi se libérer de ses croyances limitantes

Si tu considères que le travail, c’est forcément un calvaire, et que tu es malheureux au travail, est-ce que tu vas chercher à changer les choses ? Probablement pas, puisque c’est “normal” d’être malheureux au travail, c’est le lot de tout être humain, à quoi bon lutter ? Tu vas te résigner, rester dans ton job qui ne te convient pas, vivre l’enfer, et tout ça va confirmer que le travail, c’est bien un calvaire. CQFD.

Mais si, au contraire, tu te libères de cette croyance, que tu te dis qu’il n’y a pas de règle, alors tu peux choisir d’être épanoui, et faire le nécessaire pour avancer vers cet objectif. Tu n’as plus à subir un ordre des choses comme une fatalité.

Lorsque tu te libères de tes croyances, les portes s’ouvrent vers des perspectives nouvelles. Click To Tweet

Retrouve une méthode pour t’aider à te libérer de tes croyances limitantes dans notre article Comment déboulonner tes croyances limitantes.