Marie-Christine, exploratrice Tech

Marie-Christine Levet a un regard bienveillant … et une poigne de fer. D’entreprises de la Tech en Fonds d’investissement, elle a exploré tous les recoins de carrières que trop de femmes s’interdisent. Retour sur un parcours qui va vous faire pousser des ailes.

Tout a commencé de manière “classique” 

“J’étais plutôt douée au Lycée, j’ai donc fait une prépa”. Vous connaissez la suite. Une école de commerce plus tard, Marie-Christine entre en conseil chez Accenture. HALTE-LA. Marie-Christine aurait pu continuer sur ce parcours “tout tracé”, mais c’était sans compter sur son goût de l’aventure et les hasards de la vie.

Après une rapide transition intrapreneuriale (comprendre : entrepreneure à l’intérieur d’une grande entreprise), et un MBA à l’INSEAD –  “J’étais trop jeune pour être mise dans un cadre, alors je suis retournée à l’école” – Marie Christine retrousse ses manches, prête à relever un nouveau défi :

“ Je devais travailler pour LVMH sur l’ouverture de nouvelles boutiques au Moyen-Orient. Mais cela ne s’est pas fait, je suis une femme…”

Qu’à cela ne tienne, ce ne sont pas les défis qui manquent : Marie-Christine s’attaque donc à PepsiCo, géant Américain du soda en déclin. L’objectif : reprendre les parts de marché que Coca & co. avait dévorées. Une fois la mission accomplie, c’est le retour de l’ennui. Jusqu’au jour où on lui parle d’une innovation tout droit débarquée des Etats-Unis :
“Tu devrais regarder ça va te plaire, c’est tout nouveau et ça s’appelle l’internet…” (Oui, nous sommes en 1997 !)

Marie-Christine est conquise. Contre l’avis de ses proches, elle refuse une proposition de Coca, décroche son téléphone… et son “dream job” chez Lycos (le Google des années 2000).

Les premières frictions

Après Lycos, direction Club-Internet : Marie-Christine pilote le navire pendant plusieurs années avant d’entrer dans un grand groupe média.  

De ces expériences dans de grandes entreprises “classiques”, il ressort que le poids des clichés pèse : la cooptation est très masculine, les promotions se négocient le soir, quand la plupart des femmes sont avec leurs enfants. Marie-Christine me le confirme, l’environnement est masculin (j’ai peut-être même entendu machiste).

Le temps de la transmission

Puis ses premiers amours font leur retour : “Je veux être au contact de jeunes motivés, plein de rêves et d’envie !” Sa rencontre avec Marc Simoncini (fondateur de Meetic) débouche sur la création du fonds d’investissement Jaïna Capital.

“C’est un beau métier de mettre son expérience au profit de jeunes entrepreneurs” Click To Tweet

Son ambition: initier un mouvement d’investisseurs nouvelle génération dont les mots d’ordre sont écoute, transmission et force de proposition. A mes oreilles cela sonne bien comme les prémisses d’un management plus féminin. Un peu plus de sensibilité et un peu moins de poings sur la table.

Son premier chantier: l’éducation. “Depuis 20 ans dans le web j’ai vu tous les secteurs métamorphosés sauf celui de l’éducation qui n’a toujours pas changé ! L’école ne forme plus aux métiers de demain…”  – On en sait quelque chose chez Bloomr ! Pour y pallier, elle s’apprête à lancer EduCapital, fonds Européen exclusivement dédié à l’Education.

Accorder Tech au féminin

Pour elle, dans le milieu Tech, ce qui compte c’est la passion. Du coup que vous soyez homme ou femme, c’est moins la question . En revanche, comme la plupart des métiers sont technico-geek, le cliché de “c’est un milieu d’ingés” réduit la proportion de femmes impliquées. Et c’est bien là que pour elle, l’école rentre dans l’équation.

Côté investisseur cette fois-ci, le constat est clair : “je vois très peu de femmes! Sur 1000 dossiers reçu, on atteint à peine les 3%”. Clair, désolant, mais en voie de changement :  Votre génération commence à bouger! Les filles osent plus défier les clichés !

De femme à femmes 

Je ne pouvais pas la laisser filer sans récolter quelques conseils affûtés.

 Gérez votre temps”

  • Le temps long : le début de votre carrière est clé. Dans les grands groupes, maternité + carrière = tabou. Même si cela change doucement, l’essentiel de votre carrière se joue avant d’avoir un enfant. Dans ma start up de fonds, mon associée à eu son deuxième enfant pendant notre levée de fonds ! Je pense que là dessus les start-ups sont beaucoup plus ouvertes.
  • Mais aussi quotidien : les nouvelles technologies doivent servir à abolir la barrière hommes/femmes. 

Osez “

  • Faites des choses dans lesquelles on ne vous attend pas ! Osez plus qu’un homme !
  • Oubliez les clichés, allez dans des secteurs inexplorés!”

Avant de me quitter, elle me confesse : “… Bon, je sais ça fait un peu vieux jeu mais…  choisissez le bon partenaire amoureux!”. C’est vrai, c’est old-school, mais aussi plein de sagesse*.

Je quitte la salle le sourire aux lèvres, avec un étrange fièvre. Celle d’une féminité rassurante et généreuse. C’est la fièvre du lundi matin, qui vous chauffe à rêver en grand et à prendre votre destin en main.


(*) Marie-Christine m’a aussi dit que c’était vrai dans les deux sens …comme la blague de Michele Obama qui rentre dans un restaurant et rencontre un vieil amour directeur du restaurant. Son mari lui dit ” Si tu ne m’avais pas rencontré, tu serais patronne de restaurant ” Et elle de lui répondre “non, il serait président de la République”.