7 techniques de recadrage pour activer sa créativité

Si tu as déjà fait de la photo, tu connais la puissance du cadrage.

L’angle de la prise de vue a un impact considérable sur la façon de percevoir un élément.

C’est toujours le même arbre qui apparaît sur la photo, mais présenter de dix façons différentes.
L’angle qu’on choisit permet de mettre l’accent sur un aspect précis de l’arbre, de décider qu’est ce qui sera mis en lumière, de donner ou non le contexte, de raconter une certaine histoire.

C’est pareil pour un problème.
On donne toujours -souvent inconsciemment- un cadre à la façon dont on envisage un problème. Click To Tweet

Un cadre formé par nos habitudes, nos hypothèses et nos convictions. Bien utile lorsqu’il s’agit de penser de manière efficace et économe et de mettre en place des automatismes, ce cadre limite toutefois notre créativité parce qu’il nous empêche d’envisager le problème sous un angle original.

Tout l’objectif de la technique de recadrage est de…changer de cadre, justement, pour booster ta créativité. C’est-à-dire de remettre en question ses présupposés, de placer le problème dans un autre contexte, pour s’ouvrir à de nouvelles possibilités.

1/ Revoir les postulats

Les postulats, ce sont les suppositions et préjugés sur lesquels on se base de façon instinctive pour traiter un problème auquel on se confronte. Par exemple, si je suis en désaccord avec un collègue qui a 15 ans de plus d’ancienneté dans le métier que moi, je vais probablement partir du postulat qu’il a plus de chance d’avoir raison parce qu’il a plus d’expérience que moi.

Ces postulats sont généralement considérés comme acquis, sans qu’on ne cherche à les remettre en question. Mais ça ne veut pas dire qu’ils sont vrais ! D’où l’intérêt parfois de les questionner, pour s’assurer qu’ils ne sont pas un blocage à la réflexion.

La technique consiste à choisir d’abord un problème précis.
Ensuite, on liste tous les postulats liés à ce sujet
Puis on part de ces postulats pour les contester.
Enfin, on génère de nouvelles idées à partir de ce nouveau cadre.

Par exemple :
Le problème : une librairie qui perd de plus en plus de clients réguliers.

Postulat 1 : Les clients aiment être conseillés, donc pour offrir le meilleur service client possible, on s’efforce de lire un maximum d’ouvrages.
Contestation : Le client ne s’attend pas forcément à ce que les vendeurs aient tout lu
Idée possible si on remet en question ce postulat : on peut proposer aux clients de partager leurs avis sur les livres qu’ils ont lus avec d’autres clients, pour les fidéliser

Postulat 2 : La vente en ligne coûte trop cher, c’est pour cela que la librairie ne propose pas ce service, pourtant demandé par les clients. n’en fait pas
Contestation : avec une bonne logistique, la vente en ligne peut s’avérer rentable.
Idée possible : proposer certains livres en vente en ligne pour tester l’appétence du marché.

Le fait de changer de postulat permet d’ouvrir de nouveaux horizons, de s’autoriser des idées qu’on n’aurait pas eu autrement.

Se demander pourquoi

Parfois, on a tendance à foncer tête baissée dans la recherche de solutions sans chercher d’abord à creuser le problème.

Pour éviter cet écueil, on peut prendre le temps de se demander “Pourquoi ?

Par exemple :
Problème : “Comment éviter que la librairie perde autant de clients ?”
Question : Pourquoi a t’on besoin d’éviter de perdre autant de clients ?
Réponse: Parce qu’on perd de l’argent

Mettre à jour la racine profonde du problème permet d’une part d’identifier qu’au final, le problème posé pour rechercher des solutions n’est peut-être pas le plus pertinent (ici, le problème de fond n’est pas tant d’éviter de perdre des clients que d’éviter de perdre de l’argent). Et d’autre part, cela permet de s’ouvrir par conséquent à de nouvelles possibilités. Par exemple, au lieu de chercher à tout prix des solutions pour éviter que les clients s’en aillent, on peut chercher des solutions pour gagner de l’argent et compenser cette perte.

Reformuler le problème

Lié à la technique précédente, la façon dont on va poser le problème à l’origine de la réflexion oriente énormément les idées et solutions que l’on va réussir à trouver.
Une des techniques de recadrage est donc de reformuler le problème.

Par exemple :
Question d’origine : “Comment éviter que la librairie perde autant de clients ?”
Reformulation : “Comment faire en sorte qu’ils s’en aillent heureux ?” ou “Comment amener suffisamment de nouveaux clients pour compenser la perte de clients actuels”

D’un coup, on va se focaliser sur des aspects différents du parcours clients, de nouvelles portes s’ouvrent, on débloque de nouvelles solutions.

Dans la peau d’un autre

Une autre façon d’envisager le problème sous un autre angle est d’adopter le point de vue d’une autre personne. Se glisser en pensées dans la peau d’un.e autre, un.e autre libéré.e de nos croyances et schémas, permet de se laisser plus de liberté dans la réflexion.

Cette empathie permet d’adopter une vision globale du problème. Et parfois, de réaliser que ce qui est un problème pour soi n’en est pas forcément pour les autres et que toute la solution vient peut être de là.

Pour se projeter dans la peau d’un autre, on peut choisir d’envisager le problème sous l’angle d’une personne d’un autre service (finance, marketing, vente…) ou d’un client.
On peut aussi se projeter dans la peau d’un personnage de roman, d’un.e superhéro.ine, ou d’un.e ami.e proche. On peut s’inventer carrément un nouveau personnage, lui attribuer une personnalité, une histoire. Ou se projeter dans la tête d’Obama, d’Astérix…ou d’une Intelligence Artificielle !

Ensuite on peut se demander

  • Qu’est-ce que cette personne ferait à ma place ?
  • Qu’est-ce qu’elle oserait faire dans ce cas là ?
  • Qu’est-ce qu’elle ferait différemment ?
  • Quelle serait son attitude? Son état d’esprit ?

Par exemple, pour la librairie, que ferait mon collègue libraire ? Un client ? La petite soeur, qui est actrice ?

Transformer le problème en opportunité

On fait appel à sa créativité parce qu’on cherche à résoudre un certain problème. Problème qu’on considère généralement sous un angle négatif, comme un obstacle à franchir.

Et si on envisageait ce problème sous un angle positif, en se demandant en quoi c’est une opportunité ?
Cette technique permet d’entrevoir de nouvelles perspectives.

Par exemple :
Problème : la librairie perd trop de clients.
Opportunité : ça nous laisse la chance de changer de cibles. C’est l’opportunité de revoir tout notre parcours clients. C’est l’opportunité de se diversifier, de tester de nouveaux canaux. Etc.

Changer le décor

Déplacer le problème dans un autre contexte permet souvent de l’envisager d’une façon bien différente.
Certains artistes contemporains manient à merveille le pouvoir du contexte.
Par exemple, Joseph Kosuth avec son oeuvre exposée au MoMa de New York.
Une chaise ordinaire, qui passerait inaperçu en temps normal, mais qui devient de l’art dans ce contexte.

Ou encore Tim Noble et Sue Webster et leurs sculptures qui, de piles de déchets, deviennent formes humaines. “Jeter une lumière nouvelle” prend toute sa signification.

On peut appliquer ce principe en créativité, en changeant un problème de décor.
“Dans quel autre contexte est-ce que je pourrais replacer ce problème pour l’aborder différemment ?”

Par exemple :
Problème : la librairie perd trop de clients
Changement de décor : que ferait une bibliothèque si elle perdait ses abonnés/un zoo ses visiteurs/un théâtre ses spectateurs ? Que ferait-on si ce n’était pas des clients mais des invités qui partaient tous d’un mariage en pleine soirée ?

La pire idée

C’est une sorte de recadrage dans le sens où on ne cherche pas la meilleure idée mais la pire.

Le principe, popularisé par Bryan Mattimore, est de réfléchir à la pire solution possible à un problème, l’idée en apparence la plus mauvaise, ridicule , impossible à mettre en oeuvre, voire illégale à laquelle on peut penser. Ensuite, on l’inverse ou on part de cette idée pour en trouver une meilleure en cherchant quel intérêt elle pourrait avoir.

Cette technique permet d’éviter la pression de trouver ‘la bonne idée’, et du coup le blocage qu’une idée ne soit pas suffisamment bien pour qu’on ose la proposer. Elle met du fun dans la réflexion tout en offrant des pistes de réflexion intéressantes parce qu’elle permet d’explorer des aspects parfois négligés.

Par exemple :
Pire idée : on pourrait obliger les clients à payer dix livres d’avance.
Idée pertinente : on pourrait mettre en place une carte de fidelité.

Ces 7 techniques de recadrage sont autant de cordes à ton arc. Click To Tweet

Tu peux les tester de façon aléatoire quand tu as besoin de générer des idées, en choisissant celle qui semble la plus adaptée à la situation.